jeudi 31 janvier 2008

Le mur

mercredi 15 novembre 2006


Dès sa première visite, Zélia le repère. Il lui a tapé dans l’œil. De l’autre côté de la rue. Bien habillé, de saison. Il est là, il s’impose.

Sans lui pourtant elle ne l’aurait peut être pas choisi, cet appartement. Ça a été l’un des signes encourageants qui lui ont soufflé un petit « oui », malgré sa détresse, son épuisement et toutes les lourdes responsabilités dans cet engagement conjugal. Poser ses cartons en un lieu porteur d’un « possible », malgré la folie et la violence ambiante.
Elle l’avait vu comme un signe de vie, un feu vert…

Vert. Le Mur.

Parce que s’il bouche la vue que Zélia aurait espéré de ses fenêtres à 50 mètres entre deux immeubles, condamnant la perspective, Le Mur est somptueusement paré de vert en ce premier été, dans cette nouvelle ville, pour cette nouvelle vie. Juste devant lui, un toit complaisant laisse deviner le sommet feuillu d’un marronnier. Pour Zélia, en quête de repères, végétation est synonyme d’intangible renouveau.

Vert intense et sombre des feuilles de la vigne vierge dans la pleine exubérance de cet été là. Un tapis épais de feuilles magnifiquement ordonnancées, comme peignées d’une main soigneuse.

A l’automne qui suit, une incroyable magnificence s’offre aux yeux de Zélia, camaïeux chamarrés passant du vert intense au rouille sombre, vers les flambants roses et les jaunes d’or.

Ce flamboiement s’étiole comme une pelade avec l’hiver, par plaques, que Zélia scrute avec un mélange de fatalisme et d’espoir : Le Mur va être nu, noir, sombre, elle va l’ignorer car au printemps…

Au printemps, ses lianes élégantes serpentent lentement, le conquièrent à nouveau, mues verticalement par leur sèvre printanière. Zélia guette chaque année les nouvelles pousses, petits bourgeons fragiles et minuscules un peu trop lointains dont elle a été jusqu’à surveiller avec des jumelles le vert d’une incroyable tendreté… Une confirmation citadine de la vie qui revient.

Souvent Zélia plonge son regard noir, le cœur lourd, accaparée, au travers des vitrages, pour reposer son âme sur le tapis vertical de verdure. Et elle s’apaise.

De son canapé, de son lit, elle laisse s’égarer ses yeux sur la surface végétale et mouvante, lorsque assez libérée de ses sombres pensées d’alors, ou cherchant au contraire au dehors un motif dérisoire d’espoir, le vent agite pour elle en vagues successives le feuillage.

Zélia savoure au dessus du Mur un nuage, un peu d’azur, la lueur nocturne de la ville, une lune placide, quelque chose qui fasse contrepoids à sa pesanteur intérieure, à la touffeur cloîtrée d’une prison protectrice des dangers du monde extérieur.

C’est son jardin visuel, son contact avec la Nature, avec les saisons, son réconfort et une motivation pour supporter ce lieu qui abrite sa survie.

Cinq cycles de saisons ont passé, l’intangible ne s’est pas démenti. Quelque chose de beau et de stable dans la vie de Zélia…

Un soir à son retour, on lui a annoncé l’inimaginable : la vigne vierge aurait été arrachée. Entièrement. La nouvelle est si choquante, obscène même, qu’elle ne le croit que quand elle le voit.
Et elle l’a « vu ».
Nu.
Noir.
Absurde.
Monstrueux.
Un mur de prison.

Il est temps de partir, Zélia.


Il existe un « détournement » du Mur, de la même auteure.

mardi 29 janvier 2008

Papier à cigarettes

27 juin 2006

Mardi matin. J’ai l’âme barbouillée. Pourtant, il fait soleil. Aucun effet dans ces cas là. J’époumone mon MP3 dans mes oreilles internes afin qu’il en vienne à distraire un moral chancelant. La journée de la veille a été déstabilisante et le soir très déprime. Je repars ce matin là le coeur en bandoulière, appelant à la rescousse quelques ressources mentales déjà oubliées, quelque bon souvenir, quelque phrase qui me réchaufferait et mettrait un pansement sur mon mal être.

Comme souvent, j’obtiens une place près de la fenêtre dans le RER qui me mène à St Germain en Laye, mes yeux s’égarent sur le paysage qui défile, un peu de verdure enfin ! la végétation et la nature m’apaisant comme toujours, aidant la musique du MP3 à décrocher mon cognitif aux propensions désespérément contrôlantes de mon anxiété et de mes émotions.
« Saint Lâcher prise, priez pour moi… »


Ma prière a dû être exhaussée car je commence à décrocher et à regarder le monde des vivants :
Une jeune fille est assise en face de moi, à mon insu je sors légèrement de mon enfermement. Je la remarque parce qu’elle s’active tranquillement doucement, ce qui est inhabituel dans les moyens de transport (les dames à crochet ça existe, celles qui se maquillent dont je suis, aussi), mais pas seulement pour ça. Je la remarque parce que je l’avais déjà repérée lors d’un autre trajet et que je l’avais observée longuement, (pas à la dérobée, je l’avoue honteusement : je dévisage intensément les gens).

Ce qu’elle faisait lors de notre première rencontre ? (je dis rencontre, parce que moi je l’ai déjà rencontrée, observée durant de longues minutes, attirée par la tranquille détermination de son ouvrage). Elle se roulait des cigarettes.


Les unes après les autres, méthodiquement, en série, et avec le filtre s’il vous plait ! Très concentrée.

Et là : en face de moi, ses genoux légèrement décalés sur sa droite, pour ne pas toucher les miens. Parce qu’elle est grande. Pas maigre, pas grosse, la poitrine discrète. Elle se tient très droite, elle a une posture « campée ». Un calme se dégage d’elle. Comme si le monde entier pouvait s’agiter autour d’elle sans que cela ait un impact sur son regard intérieur. Elle sort sa blague à tabac de son sac de toile, glisse le paquet de feuilles au bord de sa poche, juste à l’endroit précis où il sera commode et je m’attends à voir défiler les roulées… Non, ça ne sera qu’une seule. La blague, les petites pincées de tabac, juste ce qu’il faut, une feuille de papier, le tabac dedans, rassemblé à petits gestes précis. Les doigts tassent habilement (elle a l’habitude) en rouleau, puis roulent le papier en serrant puis en coinçant le petit boudin de tabac dans le papier avec l’index, quel tour de main, rajout du filtre sorti par magie. Un coup de langue pour coller le papier, et le tour est joué. Non ! Il reste du rabe de papier qui déborde - que je n'avais pas vu sur la longueur - elle déchire ce qui dépasse. La clope reste entre son index et son majeur, négligemment, promesse d’un moment de plaisir soigneusement anticipé, la blague refermée rejoint le papier à cigarettes dans le sac en toile.


L'inconnue à la clope a beaucoup de piercings. Deux à l’oreille gauche, un en haut deux boules qui transpercent de part et d’autre le cartilage, et un autre que je n’identifie pas, dans le cartilage du
bas, vous savez, celui qui fait une petite pointe vers le haut (mais QUI a été inventer ce truc invraisemblable que sont nos oreilles ?). Son autre oreille porte un piercing en cercle qui crée une sorte de boutonnière ronde dans son lobe. Ses lobes ont été piercés à d’autres endroits, on distingue les petites marques. Cela m’évoque une démarche personnelle ces piercings. Personnelle et solitaire. Elle va peut être à Nanterre Université : prochaine station. Elle est en age d’être étudiante, malgré cette maturité qui émane d’elle (rien n'empêche suis-je bête, je suis bien étudiante à mon âge !). Ses cheveux mi-longs de couleur châtain clair presque blonds, sont tirés en arrière, elle porte un jean’s et un T-shirt à bretelles qui découvre ses bras et un peu de son ventre et de ses hanches. Ses yeux sont dorés je crois.
J’essaye d’imaginer ce que peut être la vie d’une jeune fille dans la trentaine, peut être moins ? 25 ? Qui a déjà tant fait de petits choix apparemment insignifiants mais moi, je sais qu’ils ne le sont pas. Il y a de la « démarche » intime dans l’air. A-t-elle un petit ami ? Impossible à savoir. J’opterais pour non, mais bon, je suis bien placée pour savoir que c’est impossible à supputer. Cela dit, je la sens capable de solitude. Dans quel lieu vit-elle ? De quoi vit-elle ? Elle fait des économies cela se voit sur elle. Je pense à des voyages. Oui, elle a voyagé, c’est sûr ! Et elle a un monde intérieur assez riche et élaboré, pour avoir ce regard qui passe au travers des choses et des gens. Presque indifférent, mais pas hostile. Un genre qu’elle se donne ? Une attitude publique ? Peut être. Mais je parierais qu’il y a quelque chose d’authentique dans cette posture un peu hors-du-monde-qui-s’agite. Moi, en face d’elle, je suis là, avec cette envie de ce qu’elle a. De ce qu’elle a obtenu peut être par un long travail ? Des découvertes ? Des rencontres ?


Chacun de ses poignets porte des bracelets brésiliens, d’une couleur indéterminée. Et c’est alors que je vois mieux son poignet droit. Il porte un tout petit tatouage, que je n’arrive pas à identifier.
J’ai envie d’en savoir plus, parce que je pense à cette anecdote que je pourrais relater, et surtout pour éloigner de moi l’angoisse. Alors je me lance, moi, cette passagère toute en noir en face d’elle, qui retire ses écouteurs, moi qu’elle n’a peut être même pas vue, cette femme mûre et plantureuse qui l’observe (s’en est-elle au moins rendue compte ?). Je me penche vers elle légèrement, j’ouvre la bouche, mais seul un souffle en sort. Je m’appuie à nouveau sur mon dossier. Allez, vas-y, tu veux savoir ce que c’est que ce tatouage. Ok. Je reprends mon souffle et je me penche à nouveau (légèrement pour ne pas la surprendre) :

- « Excusez-moi, puis-je vous demander ce que représente ce tatouage que vous portez là ? »
La jeune fille me regarde (me voit ?) enfin !
- « C’est un Aum »
- « Pardon ? »
- « Un Aum »
- « Ah c’est un signe bouddhiste pour la méditation !? »
(je connaissais bien le Aum, mon père était bouddhiste, mais jamais sous cette forme)
- « Mais il a une forme inhabituelle !? »
- « C’est qu’il faut le regarder dans ce sens là » (la jeune fille oriente la saignée de son poignet dans le "bon" sens pour moi)
- « Ah, je vois ! » (je ne vois rien du tout, j’ai pas mes lunettes et puis les Aum de mon papa ils n’étaient pas comme ça du tout).
- « Ah, je vois, mais je ne les connaissais pas sous cette forme… »
- « Oui. » (Point)

L'inconnue moins inconnue n’est pas bavarde, je ne suis pas étonnée, je ne me sens même pas rejetée, et puis elle se lève, on est arrivées à Nanterre-Université.
Elle extrait de… où ? Une sorte d’imper vert pomme qui ne cadre pas du tout avec son allure discrète, totalement anachronique. Elle me surprend cette fille.

Pourtant je ne m’étais pas trompée. Elle pratique la médiation et elle a peut être voyagé - en Inde ? Elle est Bouddhiste et elle a déjà fait un voyage intérieur…
- « Au revoir... »

- « Bonne journée... » (Petit sourire vague et distant)

- « … » (sourire)

Moi aussi je viens de faire un petit voyage. Grâce à elle. Mais elle ne le sait pas. Parce que ça m’a nourrie de projeter sur elle mon imaginaire, plutôt que d’alimenter quelque petit vélo qui n’avance plus.
Et je n’ai plus de bandoulière à mon cœur, il se tient tout seul et il bat tranquillement. Presque joyeusement. Et fièrement. Il fait beau dehors, belle cette nature. Encore plus avec ces rais matinaux.

Ça tient à très peu de choses, la paix intérieure… une feuille de papier à cigarettes… JOB, AUM, ou OCB ?

La nausée

Le RER a du retard. « Indéterminé » affichent les panneaux qui ne sont pas encore en grève. Auparavant il y a eu à subir 15 mn d’attente du bus, arrêt du bus à mi parcours : - « prenez celui de devant », puis blocage du 2e bus dans les embouteillages, renoncer au 2e bus pour rejoindre le métro, correspondance pour le RER.
La journée commence bien…
Elle ressent une sourde nausée, faite d’inquiétude indistincte, plutôt de l’anxiété. Peut être même est-ce de l’angoisse. Le retard. La peur d’abuser face à sa responsabilité dans le travail qui lui est confié. Un relent de culpabilité…
Mais elle sait bien que cette nausée vient de strates antérieures à ces petits tracas qui auraient dû être banals.
Toujours comme si du trop avait été absorbé, du trop de situations, de stress, de peurs, et que son organisme éprouvait le besoin d’expulser ce qu’il ne pouvait assimiler.
Alors, trop de quoi ? Trop de gravité, trop de scrupules. Pas assez de recul dans les situations…
Pourtant la journée de la veille a été assez bonne, apaisée. Presque… légère. Rare !
Non, cette nausée c’est de la béance de blessure, du rejet du trop de soucis, trop lourds à porter seule. Un rejet de l’immonde de sa vie. Trop difficile pour elle, un rejet de l’impuissance.

La nausée de la honte d’avoir tant de mal à… trop de choses.

lundi 28 janvier 2008

Écrire pour exister : paradoxe

Lu chez remue.net, cette citation de Malraux :

« Il est difficile à celui qui vit hors du monde de ne pas rechercher les siens. »

Depuis toutes ces années de repli social et d'isolement, de souffrance vive et de quête d'un souffle de flamme de vie, je pourrais dire aujourd'hui qu'en cherchant à m'apparaître en écrivant, je recherche les miens...

Écrire c'est oser être Moi. Mais j'ai récemment découvert que moi sans les autres, ça s'étiole... J'ai déjà dit ailleurs que pour moi, écrire c'est exister devant les autres, ayant tant de peine à le mettre en oeuvre en face à face. Ça ne se voit pas, sauf sous certains regards aiguisés, à quel point je tremble en dedans.

Écrire à mes yeux c'est une évidence qu'aussi modeste soit ma plume, ça se situe au niveau de l'existant. Je suis encore très étouffée par cette tyrannie de l'exhaustivité, l'urgence sécuritaire, et je bataille pour m'en défaire. Mon premier blog s'intitulait « Le cri... ». Mes blogs, ils cheminent à mon tempo, fidèles reflets de ce qui se construit, évolue, grandit ou bien patine en moi. Ecrire c'est un baromètre visible, c'est raconter sa propre histoire différemment..

Écrire, raconté par Francis Scott Fitzgerald : « Nous sommes le plus souvent obligés, nous autres, écrivains, de nous répéter — voilà la vérité. Nous avons subi, au cours de notre vie, deux ou trois épreuves capitales et bouleversantes — tellement capitales et bouleversantes que nous avons cru impossible, sur le moment, que qui que ce soit d'autre ait pu être à ce point secoué et broyé et stupéfait et aveuglé et battu et brisé et sauvé et illuminé et récompensé et humilié. A la suite de quoi nous apprenons, plus ou moins bien, à écrire — et nous ressassons ces deux ou trois épreuves — sous une forme toujours nouvelle — jusqu’à dix et cent fois, tant qu’elles plaisent aux lecteurs. »

Écrire c'est comme sculpter. Ravi me racontait qu'un de ses collègues sculpteur répétait sans cesse la même forme, ajustant, raclant un millimètre ici ou là. Ravi, lui, ne corrige jamais ce qu'il a fait. Il fait du nouveau à chaque fois.

Écrire c'est me dévoiler sous le regard public. Et j'essaye de le faire à ma façon, telle que je suis. Enrobée et généreuse, éperdue et joviale, désespérée et habitée d'une foi folle, digne et honteuse, solitaire et foisonnante, profonde et mutine, sauvage et aventureuse, sobre quand je peux, en quête éperdue de sens et d'avancer.

Écrire devant un écran, et les migraines qui vont avec, sans manger ni boire et le temps qui perd ses repères, avec une passion pour raconter, pour décrire, parfois un flux d'inspiration (trop rare), être devant son écran c'est aussi remplir du temps sans souffrir. Et c'est souffrir du plaisir sulfureux de s'aventurer dans son gouffre..

Écrire c'est une quête de me dire, sous tant de formes recherchées, souvent dans l'urgence, mais je crois depuis ce soir que c'est une quête de partage aussi. D'échanger, de m'enrichir des autres dont j'ai si peur. Peut être de les toucher pour me laisser aborder ? Je flirte avec cette envie pleine de peurs. Je me souviens d'un temps où sur un autre blog j'avais mes lecteurs quotidiens, j'émouvais de mes cris, et presque autant de commentaires.

Écrire m'entraîne à choisir mon dévoilement. Aujourd'hui je crois qu'au travers de ce choix de mes voiles et dévoilements, je m'ouvre au monde, à ma façon, je tâte du bout des orteils craintifs la vaguelette glacée, risquant la lame de fond qui m'emporterait en vaste monde. Dans ma nouvelle vie, celle qui a suivi l'étape où j'ai bien failli disparaître définitivement, j'ai visiblement opté pour les communautés virtuelles, les communautés d'écriture, après bien d'autres plus corporelles qui ont répondu à mes besoins de reconnaissance de l'époque.

Écrire et publier (sur le net ou ailleurs) pour André Gunther, sociologiquement parlant il y a un habitus solcial, un présupposé que la légitimité de l'expression en public est presque exclusivement déclarative, assertive : C'est moi que vl'la. J'existe et je me dis comme ça.

Écrire c'est dire ici que j'expérimente justement aussi le non-virtuel, et le non écrit dans une autre communauté où la parole, la posture et le geste juste sont rois. Et pourquoi pas utiliser l'écrit pour d'autres bénéfices que moi-même... (?) Animer des ateliers d'écriture ?

Écrire c'est espérer paradoxalement ajouter à cette bulle d'autres univers, d'autres contacts, depuis que j'ai découvert qu'internet c'est aussi croiser des hommes et des femmes, avec lesquels je pourrais échanger par comm' interposés (pour l'heure c'est poussif), ou que je pourrais avoir envie de rencontrer, comme c'est déjà arrivé avec Spleen qui est une amie très chère, ou Agla, ou Ed et Lina et Dominique. Et Lukka ici et ailleurs aussi, et tant d'autres où je/nous me suis reconnue en elles, (rarement eux) qui étaient là du temps de mon premier cri blogal, ce cri osé pour ne pas mourir apshyxiée.

Écrire, puis ne plus écrire sur Fée Fille de sorcières, ma thérapie ayant pris toute la place en tant que chef d'oeuvre de ma vie, j'ai repiqué au machin ici, à l'occasion d'une crise sous mon toit. Entre deux séances, réécrire, sublîmer, mettre hors de moi et déshabiter les paniques en nommant, créer une distance, tout ça m'a fait du bien.

Écrire parce que vital pour moi de disparaître réglièrement aux yeux des autres, et que c'est mieux que la TV parce que ça m'invite à lire les autres qui écrivent et à me laisser convier par eux à autre chose...

Écrire c'est la nécessité d'être seule, pour pouvoir communiquer, voilà le paradoxe.

Écrire avec la peur vicérale de m'exposer, invariablement...

Un chagrin

(Ecrit le 30 août 2006)

J'ai eu un fils
j'étais une enfant.
J'ai eu un fils,
il y a 35 ans.
J'ai eu un fils
ma vie l'a écorché.
J'ai eu un fils
qui n'a eu que sa mère
comme repère,
et ses nourritures toxiques.
J'ai un fils, à distance kilométrique,
et je suis triste :
il est venu la semaine dernière
il ne m'a pas rendu visite.
Il se protège à sa manière
de sa mère,
romps loyautés et repères familiaux
pour sauver sa peau.
J'ai un fils
et j'ai du chagrin
j'ai mal à lui
il est si beau.
J'ai un fils,
j'ai mal au lien
si mal construit.
J'ai un fils
mais j'ai du chagrin,
tellement, et sans fin...
tant envie qu'il aille bien,
mon Fils, comme pour sa demi-soeur,
Je suis impuissante et simplement je pleure.

Ô larmes qu'il vous entende enfin
Mon fils, dans ce chagrin sans fin,
Qu'elles t'apportent force et soutien,
Ces mots interdits à entendre :
Saches tout l'amour blessé et tendre
Que j'ai pour toi, Sébastien.

vendredi 25 janvier 2008

Oyez, oyez !

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Je soutiens cette initiative,
et je fais ici un petit topo sur une
lecture en avant première (hier soir) dans le cadre du
Festival de lectures et de rencontres littéraires
du 5 au 10 février 2008 à Paris

Formulaire d'inscription à éditer et à photocipier.

lundi 21 janvier 2008

Graines de lentilles

Jeudi dernier. Le jour est tombé, fin d’une journée de travail pluvieuse, je marche les yeux baissés, la tête dans les épaules, éviter le crachin. Se retrouver chez soi, ce long trajet en vue, les transports, ruminant quelques pensées grisâtres sur la dureté de ma vie, et cette fatigue …
La rue piétonne fourmille de gens et je slalome en bougonnant sur les pavés glissants.

Lassitude.

Derrière moi une voix cristalline, qui me dépasse : un petit garçon, il marche avec entrain, tout dans sa démarche dénote l’enthousiasme. Il ne marche pas, il sautille. Il est encadré de deux adolescentes, ses grandes sœurs certainement.
Il a… 6 ans ?

Il n’y a vraiment que la pureté joyeuse du babillage de cet enfant qui pouvait traverser la couche épaisse de ma morosité.

Je regarde, ça va très vite : il tient à la main une petite boite de plastique, de celles où le traiteur asiatique te jette ta portion de riz cantonnais. Et c’est le contenu de cette boîte portée comme un précieux écrin, objet de toutes ses attentions, qui est commenté.

Quelques lentilles sont posées sur un lit de coton. Et les yeux levés vers sa grande soeur, un peu haletant :

- « Dis, tu crois qu’elles vont pousser, les lentilles ? »

A cet instant précis, cet enfant est tout entier dans l’espoir de ces petites graines porteuses d’émerveillement. Toute son existence réside dans cette simple expectative enthousiaste. Sa foi.

Je me sens plus légère, la pluie n’est plus que de fraîcheur, de candeur et d’espoir.

dimanche 20 janvier 2008

Blogastiquement vôtre !

Sur les blogs, on y produit des poèmes étranges, des songes et des espoirs, des incantations, des déclarations solennelles, des ratiocinations et des tergiversations (surtout moi), des stéréotypes, des spéculations elliptiques, des symboles moyenâgeux, des paraboles psychédéliques voire psychosomatiques, des périphrases (moi), des préludes zamoureux (rha), des épitaphes, des cris de Tortue (...), pléonasmes et euphémismes, des infâmes acronymes, révoltes et injonctions, de la prose et des paradoxes, des métaphores et des litotes, des antithèses en formes d’oxymores (mouais), des quiproquos (kézako ?), des fables intrigues, des monologues ardus, de confidences en apartés, des dilemmes cornéliens, des tentatives de distanciation (encore moi), des appels à l'aide, une simple énonciation, parfois ça dénonce sec ! Un aveu impudique, des digressions, des plus-que-parfait, des passés révolus, des futurs rêvés, du présent subi, des obsessions tragiques, du désopilant dépilatoire, de l’ennuyeux poilant, du fantaisiste graveleux, avec des traits de génie, du talent, de l’humour dans la sensualité, du gore convivial, du satirique polémique, du fantastique pathétique, de l’épique didactique, du comique délibératif (oui oui), de l’épidictique (j’expliquerai pas), des portraits en nouvelles, des odes et des hymnes bouleversants, des contes et légendes, des larmes de soie, des odes dédicacées, des satires cyniques, des dialogues déjantés et des apologies… Plein de faconde, de cartésien émouvant, de tabou clinique, du synthétique au logorrhéique (mézigue), des clichés (et des photos, des vidéos bruyantes variées), du désinvolte créatif, du créatif hallucinant, de l’allusif sibyllin, bref tout plein de blogueurs spirituels, doués, et sensibles !

Il y a des blogs fantastiques !

Août 2006

Conte : La Tortue spéciale

Il était une fois une drôle de Tortue.

Elle avait pas mal traîné sa carapace de ci de là, dans les marécages et sur les rivages glauques. Il y eut quelques beaux moments, sur des rivages lumineux et ressourçants, mais trop rares. Pourtant c'est peut être grâce à eux qu'elle ne trépassa pas.

Sa carapace portait toutes sortes de marques, mais elle ne les sentait plus toutes. Certaines étaient pourtant fraîches encore, cependant elle avait développé une aptitude innée à la cicatrisation. Elle avait flotté sur les crêtes acérées de moult et terribles tempêtes, sombré carapace et biens puis surnagé, et ainsi testé la capacité flottatoire de cette fameuse carapace pleine de rustines. Sur terre ferme, elle avait aussi des dons de culbuto, mais elle mit très longtemps à le savoir.

Elle avait eu la naïveté de croire (elle était candide) que sa carapace la protégerait des coups du sort, et ce qu’elle avait mis très longtemps à comprendre aussi, c’est que les coups venaient plutôt par en dessous. Ou par derrière. Et en dessous… cher lecteur, elle était vulnérable, blessée, tendre, molle et douce, et dans un grand besoin de réconfort.

Elle était née dans une couvée qui n’en était pas une, et sitôt pondue, trop sensible petite tortue, elle avait été livrée à elle-même et aux éléments déchaînés de la vie. Depuis, elle n’avait eu de cesse de trouver l’île, la communauté, ou les congénères qui allaient lui apporter enfin le réconfort et la sécurité qu'elle n’avait pas eus aux moments si vulnérables où elle en aurait eu si besoin, à la merci des requins, goélands et autres prédateurs. Elle était prête à tout, même à s’aliéner avec d’autres espèces et nourritures inadaptées, pour s’aider à supporter son infinie solitude et sa grande détresse.

Ça n’étaient pas les mâles, géniteurs ou non, de passage qui avaient apporté le moindre réconfort à notre Tortue. Ils s’en étaient allés comme ils étaient venus, mais il en fût pourtant un qu’elle invita imprudemment à rester une bonne vingtaine d’années (mais qu’est-ce que 20 ans sur une tortue centenaire ? Un cinquième de sa vie ? Oui, mais certaines années chez les tortues pèsent plus lourd que les autres dans la balance). La Tortue voulut croire, parce qu’elle était désespérée, qu'il en irait pour elle comme de certaines autres espèces insolites : avoir un compagnon à vie. Elle croyait aussi que les "bonnes" Tortues mâles n'existaient pas, ou bien qu'elle n'y avait pas droit du tout, elle-même, car très tôt on lui avait asséné qu'elle était le Vilain petit canard de la couvée de Tortues.

L’erreur lui fut presque fatale, ce mâle était de l’espèce des tueurs déguisés en gentils très souffrants, elle n’eut donc de cesse de s’occuper de lui, au lieu de s’occuper d’elle. Plus il était malade, plus ils sombraient tous deux avec leur petit, dans les fonds bourbeux où l’oxygène se faisait rare. Les opportunités de remonter à la surface pour reprendre son souffle devenaient inexistantes. A cette époque, elle buvait la tasse fréquemment, à très forte teneur en alcool, distillée par une source obscure tapie entre deux algues. Elle mit très longtemps à comprendre qu'elle s'empoisonnait à petites goulées, et renonça à la source qui ne l'euphorisait même plus. Lorsqu’elle passa très près de la mort, menacée par son faux compagnon de vie, elle en était à la moitié de sa durée de vie déjà, elle eut un sursaut et donna un grand coup de carapace au bourreau qu'elle s'était choisi, afin de le bouter loin. Mais elle ne se débarrassa pas pour autant de son bourreau intime, celui qui sévissait encore en sa partie tendre. Ça n'était pas aussi simple.

Sa carapace la protégea un temps, car elle pouvait s'y réfugier dès qu'elle avait peur. Et elle était excessivement peureuse. Elle mit très longtemps à s'en rendre compte, et à l'admettre. Sous sa carapace, elle se sentait un peu comme dans le sein d'une mère fantasmée, mais le souci dans ces moments là, et ils furent nombreux, c'est qu'elle ne se nourrissait plus, ne s'occupait plus de son petit, et surtout, n'avançait plus ! Ça lui arriva même de couler ! Et puis sous sa carapace elle se sentait très seule, et se retrouvait avec ses démons intimes.

Elle se mit alors à nager et à marcher de traviole, en biais, sur le dos, elle testa la nage du canard, sur deux pattes, de guingois, elle s'enterra, s'entraîna à l'apnée, la tête en bas, à cloche pieds, avec des béquilles, ou un tuba pour respirer un peu en position acrobatique, et à terre avec des roulettes, (elle était assez ingénieuse) et put ainsi se laisser rouler car elle se sentait si lasse que même ses pattes ne la portaient plus.

Ainsi, cahin caha, elle survécut quelques années supplémentaires.

Épuisée par toutes ces nombreuses et courageuses tentatives de rester à flot, elle se rendait bien compte que ça n'étaient qu'emplâtres sur pattes de bois, et alla trouver une Tortue dont on disait qu'elle savait de quel mal elle souffrait. Elle se rencontrèrent régulièrement et notre Tortue commença à redresser le cou, qu'elle avait fort long, et à trouver sa carapace moins lourde. Elle ouvrait ses yeux bleus de tortue mutante, sur les causes et les solutions à toutes ses tracasseries, misères et souffrances.

Elle commença à accepter que si elle voulait devenir une belle tortue centenaire digne de ce nom, fière d'assumer ses différences, ses cicatrices, ses gnions en dedans et son regard étrange sur les choses et sur les autres, elle devrait faire sa route toute seule, au travers des océans et des continents.

Elle partit donc seule, petite coque flottante, faire son tour du monde initiatique, découvrir d'autres contrées. Petit à petit, des compagnons de tour du monde, eux même en quête, s'adjoignirent à elle lors de ses étapes. Chaque contrée découverte - même et surtout douloureuse - lui apprit quelque chose sur elle. Et elle souffrit beaucoup lors de ce très long voyage ! Mais elle se sentait grandir et ses forces revenir petit à petit. Elle commençait à comprendre pour quoi elle était restée malgré tout en vie, ce qu'elle avait à faire maintenant de tout cela : transmettre son savoir et son expérience à d'autres Tortues-vilains-petits-canards. Elle s'acharna un peu maladroitement à reprendre des forces et à se consolider pour y arriver, et se sentir digne et fière d'elle. Elle était la Tortue qui voulait se faire aussi lumineuse qu'une Fée.

C'est à ce moment là que nous l'avons rencontrée, quelque part sur la planète Terre. Nous l'avons trouvée attachante.

C'était une drôle de Tortue. Elle avait pas mal traîné sa carapace de ci de là qui portait toutes sortes de marques....

Récit et illustration de ©Tortue, août 2006

samedi 19 janvier 2008

Déclic

Ce blog est la conséquence de cette sortie nocturne.
Mais l'envie couvait déjà. Cette conférence à laquelle je me suis effectivement rendue en chair, en os et en tremblant, n'en a été que l'élément déclencheur, l'éléctrochoc : plus de détails dans ma petite demeure Eperdue.

vendredi 18 janvier 2008

Ce soir

... je pars seule à une conférence sur l'écriture via internet !

Mais...

... Par quoi vais-je commencer ?
Je m'entraîne à la sagesse, qui consisterait pour moi à attendre et à laisser mûrir...