Lu chez remue.net, cette citation de Malraux :
« Il est difficile à celui qui vit hors du monde de ne pas rechercher les siens. »
Depuis toutes ces années de repli social et d'isolement, de souffrance vive et de quête d'un souffle de flamme de vie, je pourrais dire aujourd'hui qu'en cherchant à m'apparaître en écrivant, je recherche les miens...
Écrire c'est oser être Moi. Mais j'ai récemment découvert que moi sans les autres, ça s'étiole... J'ai déjà dit ailleurs que pour moi, écrire c'est exister devant les autres, ayant tant de peine à le mettre en oeuvre en face à face. Ça ne se voit pas, sauf sous certains regards aiguisés, à quel point je tremble en dedans.
Écrire à mes yeux c'est une évidence qu'aussi modeste soit ma plume, ça se situe au niveau de l'existant. Je suis encore très étouffée par cette tyrannie de l'exhaustivité, l'urgence sécuritaire, et je bataille pour m'en défaire. Mon premier blog s'intitulait « Le cri... ». Mes blogs, ils cheminent à mon tempo, fidèles reflets de ce qui se construit, évolue, grandit ou bien patine en moi. Ecrire c'est un baromètre visible, c'est raconter sa propre histoire différemment..
Écrire, raconté par Francis Scott Fitzgerald : « Nous sommes le plus souvent obligés, nous autres, écrivains, de nous répéter — voilà la vérité. Nous avons subi, au cours de notre vie, deux ou trois épreuves capitales et bouleversantes — tellement capitales et bouleversantes que nous avons cru impossible, sur le moment, que qui que ce soit d'autre ait pu être à ce point secoué et broyé et stupéfait et aveuglé et battu et brisé et sauvé et illuminé et récompensé et humilié. A la suite de quoi nous apprenons, plus ou moins bien, à écrire — et nous ressassons ces deux ou trois épreuves — sous une forme toujours nouvelle — jusqu’à dix et cent fois, tant qu’elles plaisent aux lecteurs. »
Écrire c'est comme sculpter. Ravi me racontait qu'un de ses collègues sculpteur répétait sans cesse la même forme, ajustant, raclant un millimètre ici ou là. Ravi, lui, ne corrige jamais ce qu'il a fait. Il fait du nouveau à chaque fois.
Écrire c'est me dévoiler sous le regard public. Et j'essaye de le faire à ma façon, telle que je suis. Enrobée et généreuse, éperdue et joviale, désespérée et habitée d'une foi folle, digne et honteuse, solitaire et foisonnante, profonde et mutine, sauvage et aventureuse, sobre quand je peux, en quête éperdue de sens et d'avancer.
Écrire devant un écran, et les migraines qui vont avec, sans manger ni boire et le temps qui perd ses repères, avec une passion pour raconter, pour décrire, parfois un flux d'inspiration (trop rare), être devant son écran c'est aussi remplir du temps sans souffrir. Et c'est souffrir du plaisir sulfureux de s'aventurer dans son gouffre..
Écrire c'est une quête de me dire, sous tant de formes recherchées, souvent dans l'urgence, mais je crois depuis ce soir que c'est une quête de partage aussi. D'échanger, de m'enrichir des autres dont j'ai si peur. Peut être de les toucher pour me laisser aborder ? Je flirte avec cette envie pleine de peurs. Je me souviens d'un temps où sur un autre blog j'avais mes lecteurs quotidiens, j'émouvais de mes cris, et presque autant de commentaires.
Écrire m'entraîne à choisir mon dévoilement. Aujourd'hui je crois qu'au travers de ce choix de mes voiles et dévoilements, je m'ouvre au monde, à ma façon, je tâte du bout des orteils craintifs la vaguelette glacée, risquant la lame de fond qui m'emporterait en vaste monde. Dans ma nouvelle vie, celle qui a suivi l'étape où j'ai bien failli disparaître définitivement, j'ai visiblement opté pour les communautés virtuelles, les communautés d'écriture, après bien d'autres plus corporelles qui ont répondu à mes besoins de reconnaissance de l'époque.
Écrire et publier (sur le net ou ailleurs) pour André Gunther, sociologiquement parlant il y a un habitus solcial, un présupposé que la légitimité de l'expression en public est presque exclusivement déclarative, assertive : C'est moi que vl'la. J'existe et je me dis comme ça.
Écrire c'est dire ici que j'expérimente justement aussi le non-virtuel, et le non écrit dans une autre communauté où la parole, la posture et le geste juste sont rois. Et pourquoi pas utiliser l'écrit pour d'autres bénéfices que moi-même... (?) Animer des ateliers d'écriture ?
Écrire c'est espérer paradoxalement ajouter à cette bulle d'autres univers, d'autres contacts, depuis que j'ai découvert qu'internet c'est aussi croiser des hommes et des femmes, avec lesquels je pourrais échanger par comm' interposés (pour l'heure c'est poussif), ou que je pourrais avoir envie de rencontrer, comme c'est déjà arrivé avec Spleen qui est une amie très chère, ou Agla, ou Ed et Lina et Dominique. Et Lukka ici et ailleurs aussi, et tant d'autres où je/nous me suis reconnue en elles, (rarement eux) qui étaient là du temps de mon premier cri blogal, ce cri osé pour ne pas mourir apshyxiée.
Écrire, puis ne plus écrire sur Fée Fille de sorcières, ma thérapie ayant pris toute la place en tant que chef d'oeuvre de ma vie, j'ai repiqué au machin ici, à l'occasion d'une crise sous mon toit. Entre deux séances, réécrire, sublîmer, mettre hors de moi et déshabiter les paniques en nommant, créer une distance, tout ça m'a fait du bien.
Écrire parce que vital pour moi de disparaître réglièrement aux yeux des autres, et que c'est mieux que la TV parce que ça m'invite à lire les autres qui écrivent et à me laisser convier par eux à autre chose...
Écrire c'est la nécessité d'être seule, pour pouvoir communiquer, voilà le paradoxe.
Écrire avec la peur vicérale de m'exposer, invariablement...

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