lundi 21 janvier 2008

Graines de lentilles

Jeudi dernier. Le jour est tombé, fin d’une journée de travail pluvieuse, je marche les yeux baissés, la tête dans les épaules, éviter le crachin. Se retrouver chez soi, ce long trajet en vue, les transports, ruminant quelques pensées grisâtres sur la dureté de ma vie, et cette fatigue …
La rue piétonne fourmille de gens et je slalome en bougonnant sur les pavés glissants.

Lassitude.

Derrière moi une voix cristalline, qui me dépasse : un petit garçon, il marche avec entrain, tout dans sa démarche dénote l’enthousiasme. Il ne marche pas, il sautille. Il est encadré de deux adolescentes, ses grandes sœurs certainement.
Il a… 6 ans ?

Il n’y a vraiment que la pureté joyeuse du babillage de cet enfant qui pouvait traverser la couche épaisse de ma morosité.

Je regarde, ça va très vite : il tient à la main une petite boite de plastique, de celles où le traiteur asiatique te jette ta portion de riz cantonnais. Et c’est le contenu de cette boîte portée comme un précieux écrin, objet de toutes ses attentions, qui est commenté.

Quelques lentilles sont posées sur un lit de coton. Et les yeux levés vers sa grande soeur, un peu haletant :

- « Dis, tu crois qu’elles vont pousser, les lentilles ? »

A cet instant précis, cet enfant est tout entier dans l’espoir de ces petites graines porteuses d’émerveillement. Toute son existence réside dans cette simple expectative enthousiaste. Sa foi.

Je me sens plus légère, la pluie n’est plus que de fraîcheur, de candeur et d’espoir.

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