Je tiens à apporter une nuance de taille (sortir du tout-ou-rien) : ma vie n’est pas faite de rien, mais de touts petits riens. Et à un rythme bien personnel. Rien que de le dire, je frissonne car je les aime ces touts petits riens quand je les savoure. Et c’est rien de le dire : c’est mieux de le vivre !
C’est pareil pour [cet autre blog], puisqu’il est un miroir transformant. Je le perçois comme… évanescent, presque léger, pas léger dans le sens de joyeux, mais léger par inconsistance… Non pas que certains mots ne soient pas lourds du poids de leur sens, lourds du vécu qu’ils contiennent, mais peut être que j’y investis beaucoup moins de besoin de [me] prouver quoi que ce soit ou de me rassurer. Moins lourd d’attentes… Et qu’ayant toujours vécu dans une sorte d’hyper attente de « tout », de gravité et d’urgence, de soif, je me sente à présent comme presque transparente, l’inconsistance de l’absence de douleur… Je peux témoigner à tous les sceptiques angoissés de la vie comme moi que l’absence de douleur peut se vivre comme un manque de repère. La douleur tient aussi bien debout qu’un vêtement plein de crasse…
Me voici donc avec ce « rien » que je décrivais tout à l’heure (et qui n’est plus rien, puisque je reconnais son existence !)
J'ai retenu de mon éducation : « Tu n'es pas adéquate en tant qu'être, [tu ne vaux rien en tant que Personne] alors pour compenser, tu dois toujours avoir quelque chose à faire ou à prouver ».
Et sachant que ne pas se conformer à ces règles c’est être condamné(e) aux flammes de l’enfer et de la damnation, ou pire, ne pas être aimée, ou à nouveau abandonnée, en l’occurrence « faire, c’est exister » fut un axiome aussi apocalyptique que toxique.
Dans cette logique névrotique, faire, c’est l’illusion de contrôler les évènements, les situations et les gens. Faire c’est se rassurer. Faire c’est combler le vide, faire c’est justifier son existence, car qui peut te le reprocher quand tu « fais ce qu’il faut » ? Faire c’est produire un résultat, et le résultat (soumis au cadre strict de certaines règles tribales) est la preuve que tu existes aux yeux des autres… Et quand tu n’existes pas au regard des autres, tu n’existes tout simplement pas ! Ça fait froid dans le dos, non ?
Voilà le toxique qui m’a nourri de longues décennies : la honte d'exister.
Et voilà pourquoi par antidote je me suis shootée de longues années à : « Ne-Rien-Faire »… Regarder le Rien en face, aller jusqu’au fond de ce néant là. Le néantissement de la honte d'être soi au monde. Et j'ai eu l'exigence insensée, l'ambition folle de... Ne-rien-faire, pour Être !
Et j’ai trouvé dans cette béance, après des années de souffrances fulgurantes, ma lumière et un moteur de vie.
Et puis j’ai découvert que je ne suis pas obligée de remplir le « rien » (ou néant), de souffrance – ou par exemple de substances pour fuir la souffrance. Même si je m'adonne encore à certaines dépendances relativement inoffensives, voire créatives.
A présent quand j'y arrive, je sors de cette attitude réactionnelle paralysante mais vitale. Puisque « faire » ça permet aussi de rencontrer des gens, de mouvoir et d'habiter son corps, c’est s’enrichir, alimenter de bonnes énergies, et parfois même ça permet d’exister mieux et plus intensément.
Être la créatrice de mon existence aujourd’hui. Quand j'y arrive...
(Écrit le 30 décembre 2007)

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