C'est l'histoire d'une obsession.
Le héros, jusque dans ses années mûrissantes se trouve contraint à une sagesse durement payée... le prix d’une passion ravageuse pour une vilaine fille ayant guidé son destin. (Tours et détours de la vilaine fille, Mario Vargas Llosa)
Ce livre harponné au hasard (le hasard ?) à la bibliothèque municipale hier (qui fut effectivement une journée étonnamment active, donc épuisante), j'en ai dévoré intégralement les 405 pages aujourd’hui... mes yeux cramponnés aux mots, mes pensées aux images créées, mes doigts tournant page après page – encore et encore, que cela ne cesse ja-mais, ce plaisir de se laisser porter, légère, cette avidité envers ce qui vient me nourrir de l’extérieur et m’emmène dans un autre univers, mes mains, mes poignets et mes coudes engourdis sous le poids du livre, mon corps abandonné entre couette et oreillers à la drogue divine, ce « ne rien faire » d’autre que lire [lire est-ce faire quelque chose, quand on ne gagne pas sa vie ?, et la perd-t-on ?], le petit juge intérieur me flagellant de « ne rien faire » qui se voie de l’extérieur, par les autres, quelque chose d’efficace et d’utile, d’obligé de contraint et de sage… Quelque chose qui me rassurerait face à l'inéluctable finitude, ma quête de donner du sens à ma vie. Trouver la force de revenir par une toute petite porte dérobée vers mon projet de vie professionnelle ? Trop dur, pas après les confrontations de ces jours-ci ! Pas envie, pas envie, pas envie… Peur ! Fuite ? D'accord, j’assume.
Ce ne sont que les humbles suppliques de Théo me signalant discrètement que je ne l’ai pas sorti, qui sont suffisamment mobilisatrices pour me faire faire une pause dans cette longue traversée hors du temps, cette plongée silencieuse dans un ailleurs.
Après la ballade, retour sur les pages imprimées les yeux me brûlent. La seule chose qui change c’est la luminosité du jour, la surprise de voir qu’elle décline, alors que j’ai à peine commencé à lire à la lumière glauque de ce matin…
Addictions, dépendances, obsessions, compulsions… j’ai beau avoir abandonné les plus dangereuses d’entre vous, jamais je ne quitterai totalement celles qui me restent, je crois que je vous aime trop, et que nous concluons un pacte impérieux lorsque je suis un peu trop vulnérable… C’est un plaisir intense parfois un peu ambivalent, mais pas toujours… Mes passions.

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