mardi 19 février 2008

Songes d'une matinée dans le métro


*10h 30, sur le trajet du métro :

Je me suis regardée dans une vitrine et je me suis dit : « ma démarche est hésitante ». Où ai-je été écoper cette banalité ? Bancale serait plus exact, ou claudicante ? Ou bien, chaloupée ?

*10h 42, assise une fesse en dehors du strapontin, le nez dans mon bouquin :
Ce jeune géant assis à côté de moi est d'une beauté grecque qui m'arrache un râle contenu. Il exsude de lui la - le... Mon désir. (Je suis sensible aux géants).

*10h50, correspondance à St Lazare :
Le dôme de cette station (dehors & dedans) est bien conçu. Esthétiquement et fonctionnellement. Dans les escalators je regarde en bas vers la rotonde à plusieurs niveaux de la ligne 14 et je me sens dans un film de science fiction. C'est la première fois que je le formule, mais je me le disais à chaque fois.

*10h 52, le couloir qui se termine par un coude puis par l'escalier :
Ça fait un an 1/2 que je fais le même trajet toutes les semaines. Je réalise seulement maintenant que je le connais par cœur. Ou est-ce que c'est seulement maintenant que je le connais par cœur ? La faute à mon mental toujours ailleurs que là où je suis.

*10h 53, dans le couloir juste au coude :
J'ai croisé une armada de contrôleurs RATP, ça sentait le rire gras (comme aimait à le dire méprisamment mon père à propos de la famille de ma mère) et l'after shave dégueulasse à la lavande.

*10h 54 le coude du couloir juste avant l'escalier :
Il y avait là, en arrêt, une grande et belle femme brune, très maigre. C'était une actrice mais je ne sais pas son nom. Elle m'a parue perdue.

*10h 55, le palier dans le petit escalier :
Cette affiche de Michèle Torr. Michèle Tooorrrrrrrr... (je me gratte la tête et je roule des yeux, le tout intérieurement).

*11h 03, Ligne 12, siège à quatre :
Tandis que j'écris sur mes genoux, un jeune homme ramasse mon bouquin qui est tombé : « Madame !... » Ah oui, c'est vrai, je suis une dame.

*11h 12, le même siège à quatre, mais le jeune homme poli est parti :
Un vieux Monsieur très guindé digne vient s'asseoir face à moi, nos genoux se touchent, brrr j'évite. Je devine qu'il a lancé un regard appuyé au turc-roumain-slovaque qui a envahi deux banquettes d'un seul coup avec ses sacs, juste pour deux stations. Écrire devient inconfortable.

*11h 15, le nez dans mon bouquin à nouveau
Ce bouquin de Fred Vargas ça n'est peut être pas de la littérature (j'ai des prétentions récentes) mais qu'est-ce qu'elle m'ébranle comme elle écrit l'intuition...

*11h 30, à destination :
Dans la salle d'attente, je remarque à nouveau cette carte postale épinglée au mur - la photo d'un tag : « Plutôt la VIE » y est proclamé.

Oui, plutôt la VIE, c'est un vrai choix, ça.

Post-scriptum :
Dans le bus au retour, derrière moi deux jeunes complètement défoncés, beaux, bruyants et pathétiques ; la zone. Je me dis : plutôt la vie, un choix ? Il y a des choix (la défonce) qui s'ils sont des non-choix, sont des choix quand même... Ainsi va la vie, pour tenter d'exister un peu quand même. Et je sais de quoi je parle.

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