mercredi 2 avril 2008

Elle ne doit pas savoir qu’elle écrit ce qu’elle écrit

« Il faut toujours une séparation d’avec les autres gens autour de la personne qui écrit les livres. C’est une solitude essentielle. C’est la solitude de l’auteur, celle de l’écrit. Pour débuter la chose, on se demande ce que c’était ce silence autour de soi. Et pratiquement à chaque pas que l’on fait dans une maison et à toutes les heures de la journée, dans toutes les lumières, qu’elles soient du dehors ou des lampes allumées dans le jour. Cette solitude réelle du corps devient celle, inviolable, de l’écrit. Je ne parlais de ça à personne. Dans cette période là de ma première solitude j’avais déjà découvert que c’était écrire qu’il fallait que je fasse. »

« J’étais abasourdie par Lacan. Et cette phrase de lui : '' Elle ne doit pas savoir qu’elle écrit ce qu’elle écrit. Parce qu’elle se perdrait. Et ça serait la catastrophe. '' C’est devenu pour moi, cette phrase, comme une sorte d’identité de principe, d’un '' droit de dire '' totalement ignoré des femmes »

« C’est l’inconnu de soi, de sa tête, de son corps. Ce n’est même pas une réflexion, écrire, c’est une sorte de faculté qu’on a à côté de sa personne, parallèlement à elle-même, d’une autre personne qui apparaît et qui avance, invisible, douée de pensée, de colère, et qui quelquefois, de son propre fait, est en danger d’en perdre la vie. »

(Marguerite Duras : Écrire - Folio 1993)

3 commentaires:

Aslé a dit…

Je n'ai jamais lu Marguerite Duras...et bien voilà qui est fait, même un petit bout. Ni Lacan d'ailleurs, ni Barthes qu'on lit partout sur les blogs.
C'est très vrai ce qu'elle dit : on est quelqu'un d'autre tout en étant soi mais il ne faut pas que les deux se superposent sinon c'est la catastrophe, la confusion, l'aboutissement à la folie.
Ca n'est pas facile d'éviter l'abandon quand on est seule face à sa propre solitude et que les murs te renvoient les craquement du passé...

...et bien c'est le jour ! me voilà de nouveau partie en réflexion...

je vais tenter les lettres de mon handicap visuel...oups !!!

La Tortue éperdue a dit…

Chère Aslé...
Tu ES mon premier commentaire ICI !! Quel évènement et quel honneur que ça soit toi qui le commette !!!

Une amie qui lit beaucoup (et bien) me dit que Duras n'est pas une vraie écrivaine et j'avoue qu'après avoir lu "Ecrire" j'en suis arrivée à la même conclusion.

Pas grave, j'en découvre d'autres, c'est ce à quoi je me suis attelé notamment. Et dont je me ferai l'écho ici, "quand" et "si" j'y arrive !

L'autre "projet" étant de mettre ici plus à distance mes mots et mes maux et d'élaborer un vrai travail d'éciture qui dirait de moi à un autre niveau de mon existant.

Merci, encore une fois de ta présence virtuelle, et à très bientôt ;-)

Aslé a dit…

Je pense que c'est un beau projet, que de se détacher de ses maux et d'écrire "simplement" des mots... mais qui soient les siens (quand même)pour dire ce que l'on ressens...

Moi si je pouvais (si j'avais le temps) j'écrirais des albums pour enfants avec des ILLUSTRATIONS mais pas de moi (suis vraiment pas douée!)...ça c'est un grand rêve que quelqu'une m'a glissé au coin d'un mail

Sinon...je souris...dans la collection Harlequin je sais m'éclater aussi : j'aime trop la facilité !

Alors tu as raison pour le vrai travail d'écriture...et déjà il faut se mettre des balises pour ne pas se perdre dans les méandres de l'auto-satisfaction...

Je souris...les fourmis avancent

Je viens de commettre mon deuxième commentaire !!