dimanche 6 avril 2008

Une voix ou une voie ?

Mon projet intime comportant notamment de découvrir les écrivains, la littérature, et suivant divers conseils de personnes en qui j'ai mis ma confiance, j'avais entrepris la lecture de Roland Barthes. Ayant emprunté son ouvrage « Œuvres complètes - Tome 3 » contenant les « Fragments d'un discours amoureux » ainsi que « La chambre claire » qui m'avaient été spécialement recommandés, je n'ai pu terminer mes lectures vagabondes (inévitablement j'avais transgressé vers d'autres écrits - ci-dessous), car j'ai imprudemment dépassé la date de rendu de la bibliothèque. Je me suis retrouvée brutalement dessaisie de ce gros livre qui m'a pourtant ouvert à un monde de l'esprit que je ne soupçonnais (peut-être ?) pas. Ce « peut être » car je me demande si je ne retourne pas aux sources de mon enfance, celles d'un père cultivé, entouré de livres, un peu philosophe, musicien, mathématicien, bouddhiste, scientifique et grand penseur... Un fou, forcément, qui s'est « soigné » avec ces outils là.

La lecture de cet ouvrage était d'autant plus laborieuse que je prenais des notes... Voici aujourd'hui un petit extrait de ces notes, sur le thème de l'écrivain. Je finirai bien par m'acheter - quand je pourrai - l'un des ouvrages cités plus haut, parce qu'ils font déjà partie du tracé nouveau de mon paysage intérieur, de mon ouverture à la Littérature. De mon intime donc.

Depuis, ma versatilité, mes déambulations, mes rencontres et ma mauvaise mémoire ayant sévi, au lieu d'acheter ce livre, j'en ai acheté d'autres, dont il est déjà question pour certains ici...

Je me sens dans cette démarche - qui eut pour départ un désir d'écrire - comme l'amoureuse éperdue d'un étranger (paré de l'aura de celui que l'on croit connaître), qui par passion - douce et inattendue contrainte - serait amenée à découvrir et à apprendre cette langue étrangère en vue de tricoter du bonheur avec l'être fantasmé, et qui finalement se passionnerait d'un autre appétit pour les riches méandres de cette langue, comme d'un univers insoupçonné, source vive de nouveaux symboles pour son esprit et son âme, et en oublierait (momentanément) l'être convoité.

&

« D'un point de vue des pratiques et des souffrances, tout écrivain peut se comparer aux plus grands. »
(Roland Barthes, dans « Sollers écrivain », à propos de Sollers et Proust « comparés »)

« Une fin que l'écrivain lit dans sa solitude sociale. Car l'écrivain est seul, abandonné des anciennes classes et des nouvelles. Sa chute est d'autant plus grave qu'il vit aujourd'hui dans une société où la solitude elle-même, en soi, est considérée comme une faute [...]. Nous acceptons (c'est là notre coup de maître) les particularismes mais non les singularités ; les types, mais non les individus. [...] Mais l'isolé absolu ? Celui qui n'est ni breton, ni corse, ni femme, ni homosexuel, ni fou, ni arabe, etc. ? Celui qui n'appartient même pas à la minorité ? La littérature est sa voix, qui, par un renversement "paradisiaque", reprend superbement toutes les voix du monde, et les mêle dans une sorte de chant qui ne peut être entendu que si l'on se porte, pour l'écouter [...], très au loin, en avant, par delà les écoles, les avant-gardes, les journaux et les conversations. »
(Roland Barthes, Œuvres complètes page 950)

« Dans tout homme qui parle l'absence de l'autre, du féminin se déclare : cet homme qui attend et qui souffre, est miraculeusement féminisé. Un homme n'est pas féminisé parce qu'il est inverti, mais parce qu'il est amoureux. »
(Roland Barthes, Fragments d'un discours amoureux)

Aucun commentaire: